Islam de France et La cit

LIslam n’est prsent en France qu’aprs une forte immigration de la population musulmane, sur son sol, depuis la fin de la deuxime guerre mondiale. Aujourd’hui le nombre des Musulmans en France est de l’ordre de 4 5 millions [1].Du fait de ce grand nombre, l’islam est considr comme la deuxime religion de France; il vient directement aprs le christianisme, suivi du judasme.
L’origine de ces musulmans est principalement maghrbine. Il y a aussi une forte prsence turque et africaine. Outre cette immigration durable, on rencontre des tudiants venus de tous pays musulmans, des diplomates, des hommes d’affaires, etc. La France elle-mme participe au gonflement de la prsence musulmane, par ce qu’on appelle habituellement les convertis, Franais de souches convertis l’islam [2].

Les relations entre la France et l’islam ne dcoulent pas d’une ncessite constitutive, puisque l’un n’est pas un lment de lidentit de lautre, comme, par exemple le christianisme et lEurope, ou lislam et la civilisation arabe. Lexistence de ces relations rsulte uniquement de leur importance respective dans lhistoire et de leurs dynamismes parallles et opposs, le moindre conflit peut se rgler par une simple sparation, sans quaucun des deux ne se voit marqu vie. Ainsi, ds le dbut, cette religion nexiste et nagit que dans la sphre prive et personnelle des individus.

Institutionnellement les relations entre France et islam sont doublement complexes. Ce sont des relations entre un Etat dtach des religions, et une religion transcendant les Etats. Il sagit alors dun croisement de deux natures diffrentes o lune prvoit pour lautre un statut qui ne rpond pas sa dimension relle. Vu sous cet angle, lislam ou nimporte quelle religion similaire, nest pas compatible avec lEtat franais et sa revendication la que. Cette incompatibilit ne vient pas dune relation marque par une opposition quelconque, mais bien au contraire, lincompatibilit rsulte de labsence de toutes relations. Il faut donc quune des deux parties fait des pas vers lautre, puis travers cela il faut examiner les lieux de rapprochement de celles qui les sparent lune de lautre.

I- La cit franaise, aperu historique

La cit en tant que caractre dune socit est une notion moderne, dont le dveloppement est li lhistoire rcente de la France, pays pionnier de la matire. Mais lexistence de lide-l que a bien prcde le terme qui la dsigne. Les spcialistes remontent jusqu la rvolution franaise. Ainsi la notion de la cit jouit aujourdhui dune telle acceptation et dune telle ampleur quon ne peut croire quelle na pas ses racines dans la langue exprience humaine.

La Rvolution franaise dans son grand lan de libralisation, rorganise le catholicisme par la constitution civile du clerg en 1790 qui tend dtacher lEglise de la France de la papaut [3], ceci est dans le but est de confier cette Eglise purement gallicane, le rle de religion civile l??instar des Amricains. Devant le refus des vques et du pape de se rallier aux prceptes de la rvolution, celle-ci ne tarde pas combler le vide par une religion quelle cre elle-mme. Elle invente sa propre religion civile avec un culte adress la sacralisation de la Raison et de la libert.

Robespierre accuse cependant, ce culte de propager lathisme [4]. Mais en gnrale la Rvolution fut fidle ses principes de libert et supprima aprs la chute de Robespierre tout dlit dordre religieux, en reconnaissant la libert religieuse et en la scindant en plusieurs points touchant le statut personnel, jusque-l, exclusivit religieuse. Et on finit par voter en 1795, la sparation de lEglise et de lEtat. Ce fut la premire sparation.

Mais lide de la cit se prcise davantage et connait la lgalit et la stabilit pour la premire fois avec Napolon et les mesures prises sur le conseil de Portalis lgard des religions. La sparation fut remplace par le concordat de 1801 complt par les articles organiques de 1802, qui tablissent entre autres la reconnaissance du protestantisme luthrien, et quelques annes plus tard, la reconnaissance du culte isralite et ltablissement de son institution reprsentative. Le code civil des Franais mis en place en 1804, est applicable dune manire gnrale tous les citoyens sans la moindre rfrence leur appartenance religieuse.

Quoiquil sagisse de reconnaissance » des cultes, ce rgime est considr comme un passage vers une la cessation raliste de lEtat ; dsormais, comme disait Jean Bobrot : LEglise est dans lEtat et lEtat nest pas dans lEglise [5]. LEglise catholique qui se voyait perdante par ce processus de la cessation russit toutefois, au nom de la mission morale quon lui confie, rcuprer la situation son propre profit. Linfluence et limportance de lEglise ressurgissent ds la Restauration jusquau dbut de la IIIme Rpublique. En effet, en 1815 le catholicisme redevient officiellement la religion de lEtat, mais sans que la reconnaissance des autres cultes soit mise en cause. Ainsi on a annul beaucoup de mesures de la cessation tablies depuis la Rvolution.

Cette influence clricale provoqua une raction anticlricale qui sappuyait sur le rationalisme, le progrs scientifique ou la philosophie positiviste ainsi que sur les principes de la rvolution franaise. Dans les annes 1860 environ, un mouvement de libres penseurs traverse la France, menant de fortes critiques sur le rle nocif de la religion, considre comme un frein tout progrs. Le conflit entre les deux France s’instaure, et peu peu, l??anticlricalisme prend le dessus, correspondant avec la mise en place de la IIIme Rpublique. Avec les rpublicains, la la cessation scolaire se confirme avec les lois des annes 1880, accompagnes de mesures juges anticlricales [6], qui seront prises pour saper lEglise dans maints secteurs : scularisation des cimetires en 1881, la cessation des hpitaux, suppression des facults de thologie catholique appartenant l??Etat en 1885, enlvement des emblmes et signes religieux dans les tribunaux en 1887.

Mais l la cit atteint son apoge en 1905 avec la loi de la sparation des Eglises et de lEtat. Cette loi, uvre dAristide Briand et de Jean Jaurs, ne se marque pas par la volont daffaiblir lEglise comme lavait projet en 1904 lex-prtre Emile Combes, prsident du Conseil. Comme laffirme Jean Baubrot, la loi de sparation « vise assurer le respect de la libert de conscience et de culte pour tous[7]». Les Eglises sont soumises au droit commun des activits et institutions prives, les vques sont nomms librement par le Pape. Le gallicanisme semble donc mort [8].

Le conflit entre les deux France se calme et le dbats sur la cit sapaise, non pas parce que la question a perdu de son importance mais parce que le nouvel quilibre permet tout le monde de trouver plus ou moins son compte, voir sa propre ide sur la licit, et surtout
en raison de la guerre dans laquelle la France sest trouve implique et qui a t loccasion de former une union nationale, qui a gomm les divergences internes face la menace extrieure. En 1924, avec larrive de cartel de gauche, la reprise de lanticlricalisme se fait sentir, mais elle est vite stoppe [9]. En 1945 lEglise catholique dclare quelle peut accepter une la cit qui garantisse lautonomie de lEtat dans le temporel et assure le libre exercice du culte pour tous. Le 27 octobre 1946, la France dclare dans sa constitutions quelle est une Rpublique la que. En 1958, lors du changement de Constitution, non seulement cette qualification demeure, mais elle est complte par :Elle respecte toutes les croyances .

Le retour au religieux qui devient sensible ds le dbut des annes 70 et la prsence dfinitive dune communaut de confession musulmane, ainsi que quelques affaires (crises) comme celle du foulard islamique, ont mis l la cit franaise devant un nouveau dfi. Le dbat sur la la cit se ranime, notamment autour de lcole, de la prsence de lislam, et de son rapport lEurope. Ainsi on ce qui concerne notre travail on sinterrogera dans ce qui suit sur le rapport de la la cit franaise lislam.

II- La cit franaise et Islam

Depuis lindpendance de lAlgrie la population musulmane en France a connu une monte dmographique impressionnante, consquence de limmigration. Ainsi depuis quelques annes on remarque une visibilit nouvelle de la pratique religieuse musulmane (mosque, voile, grandes manifestations de nombreux occasions, consquence de la conviction quil ny aura pas de retour et quil faut donc vivre sa foi en terre non-musulmane ou la que.

Malgr cette forte visibilit, lislam en France ne sest pas dot dinstitutions vritablement reprsentatives. Cette non-reprsentativit peut tre explique essentiellement par deux raisons:

  • Premire raison en est sans doute que, sil y a une population franaise musulmane, il ny a pas de communaut musulmane en France [10].
  • Deuxime raison : ds quun groupe de musulmans revendique des droits ou que des hommes libres critiquent cette situation, on tombe tout de suite dans un dbat vague sur la compatibilit et l’antagonisme de lislam avec la cit.

Lislam comporte une foi et une loi, et se propose donc en tant que projet social complet. Cest de l que vient lide quil est incapable dintgrer la cit la Franaise et de sy intgrer. Cette ide nous parait non fonde. La prsence de lislam ne cre pas le moindre problme la la cit en France. Nous ne voyons pas non plus, ce que peut causer la cit lislam comme dommage ; Ainsi nous partageons lavis dEmile Poulat lorsquil affirme :

Au regard de la cit franaise, propos de lislam, je ne vois pas de problme. Mais il y a des problmes ailleurs. Le risque de focaliser sur la cit est de viser ct, au lieu de voir où se trouvent les vrais problmes [11] .

La France abrite dj en son sein plusieurs religions où chacune, certes, nest pas en tout identique lislam. Mais chacun de ses traits existe dune manire prononce dans chacune de ces religions au point quil finit par rassembler toutes. Il ne lui reste quun minimum de spcificits qui fondent lautonomie de son identit.

Lislam a une foi, mais celle-ci est propre toute religion, en France ou ailleurs. Lislam a son enseignement spirituel, mais ce dernier contient moins de mystres ainsi il est moins abstrait que celui du christianisme ou du bouddhisme par exemple.

Lislam comporte une loi (charia) où il y a des interdits et des obligations mais elle est moins rigoureuse, moins exigeante que celle du judasme, religion dj intgre dans lespace que franais.

Lislam a un livre enseignant un savoir vivre, contenant des droits et de devoirs. Mais toutes religions en France ont un livre dorigine transcendantale, ne supportant que des interprtations. De plus lislam ignore le clerg ou toute institution religieusement prescrite, mais ni le protestantisme ni le judasme ne connaissent pas plus que lislam, cette notion de clerg. Lislam a ces imams, mais toute religions a ses religieux, on outre, ceux de lislam sont des personnes l que (dans le sens de non clercs) choisies en raison de leur comptence en sciences islamiques. Cela rapproche davantage cette religion de la scularisation prfrable pour les institutions et les entreprises, et de la rationalit ncessaire pour laccomplissement de tout projet social.

Lislam, comme on le constate dans les pays musulmans, refuse la sparation du politique et du religieux, mais aucune religion, autant quinstitution socio-culturelle, majoritaire dans aucun pays na invit elle-mme une telle sparation. Celle-ci simpose la religion. Le foyer social le plus reprsent et le plus reprsentatif impose lensemble de ces institutions la socit y compris son autorit politique.

Vu lensemble de ces constats nous affirmons que la cit et lislam, non seulement ne sexcluent pas mutuellement, mais lexprience de lun peut tre bnfique lautre. L la cit, non seulement, protge et garantit le libre exercice de lislam, mais lhonore en le mettant au mme rang que les autres religions notamment celles qui ont marqu lhistoire et la culture de ce pays. En ce qui est du profit de la cit, la prsence de lislam en France met ce principe lpreuve, tout en vrifiant et en confrontant sa solidit ; il le ferait dune manire oriente davantage vers luniversel.

Par: CHIHAB Youssef

[1]Sur le nombre des musulmans en France jaimerai insister sur le caractre approximatif des estimations. La loi « informatique et libert de 1978 interdit formellement tout recensement ayant pour base une quelconque rfrence dordre ethnique ou confessionnel. En principe, ni les services concerns du ministre de lintrieure, ni les chercheurs en la matire nont de chiffres prcis concernant les adeptes de telle ou telle religion. Toutes ces estimations reposent seulement sur lorigine gographique. Toute personne venant de Maghreb ou de louest de lAfrique est considre comme musulmane. Ainsi est musulman, tout Turc ou ressortissant dun pays où lislam est majoritaire.

[2] « Dans un rapport confidentiel les renseignements gnraux estiment que le nombre des convertis Franais est de 30 000 50 000 lEssonne terre de conversion pour lislam Le Figaro, 7/10/2003.

[3] Louis de Naurois, La cite in, Encyclopdia Universalis, 2e d. 1985, t.10, pp.925-930

[4] Jean Bobrot, La la cit quelle hritage ? Ed. Labor et Fides, Genve, 1990, p.24.

[5] Ibid, p.24.

[6] Emile Poulat, Libert, Laicit, Ed. du Cerf/Cujas, 1987, p.209.

[7] J. Baubrot, Vers un nouveaux pacte la que ?..p.221.

[8] Louis de Naurois, « Laicit

[9] Ibid

[10] Olivier Roy, Lislam en France Religion, communaut, ethnique ou ghetto social ? in S.dir, Bernad Lewis et Dominique Scnapper, Musulmans en Europe, Ed .Actes sud, 1992, p.221 (p.71)

[11] Emile Poulat in Migrations et socit, vol.6, n33 et 34, mai aout 1994.

Rfrence :

CHIHAB Youssef, Islam de France et La cite, Revue du Centre Euro-Mditerranen de lEtude de lIslam Actuel (CEMEIA Revue) [En ligne], Fvrier 2011.

 

est
Tous les Articles par

Laisser un Commentaire

bad loan credits2nd loan houseloans policyguarnteed auto loanstoday loansodva loansfree loan calchome loan nursesflagstar va loansaussie hoam loansbank loans natwestmultiple payday loan lendersgao loan guaranteesmhdc loan programsunsecured loan